Chinois  /  Français

Accueil > Culture

Les marchands du Huizhou

2014-12-27 14:08 Les auteurs: admin Source:未知

Les marchands du Huizhou Par Yvonne Durant la longue histoire fodale de la Chine, lagriculture a toujours tenu le premier rle. Selon le Livre des Han , Lagriculture est le fondement de la socit, ce dont vit le peuple. Si le peuple ne la pratique plus

Les marchands du Huizhou 
 
Par Yvonne
Durant la longue histoire féodale de la Chine, l’agriculture a toujours tenu le premier rôle. Selon le Livre des Han, « L’agriculture est le fondement de la société, ce dont vit le peuple. Si le peuple ne la pratique plus, la vie n’est plus possible ». 
 
Néanmoins, sous les dynasties Ming et Qing, surviennent des Chinois pionniers aux idées quelque peu capitalistes : ils travaillent les champs, pratiquant conjointement l’agriculture et le commerce tout en lisant abondamment. Avec leurs richesses, ils créent une zone prospère au sud du Yangtze. En même temps, ils transforment également leurs capitaux commerciaux en richesse culturelle qui est à l’origine de la culture du Huizhou. Il s’agit des marchands du Huizhou, d’excellents commerçants pour l’époque. 
 
Des marchands amateurs de confucianisme
 
Dans l’administration féodale, le Huizhou était une préfecture divisée en six districts. Géographiquement, elle était entourée de montagnes avec les Huangshan, Dazhangshan et Zhelingshan. Cependant, en dépit de ses paysages charmants, le Huizhou manquait cruellement de terre cultivable et sa production agricole annuelle ne suffisait que pour trois mois. Un dicton local, « C’est malchance d’être né au Huizhou et on y est abandonné dès 13 ou 14 ans », témoigne bien de l’environnement rude tout en expliquant aussi pourquoi peut-être les adolescents commençaient à pratiquer le commerce dès leur plus jeune âge. 
 
Les marchands du Huizhou apparaissent dès la période des Cinq Dynasties (907-960). Pendant la dynastie des Song du sud, le déménagement du gouvernement jusqu’à Lin’an (l’actuelle ville de Hangzhou) a entrainé un développement économique qui a facilité l’exercice et l’essor du commerce. Néanmoins, ce n’est qu’au milieu de la dynastie Ming que les marchands locaux deviennent une véritable corporation reconnue comme telle par le grand public sous le terme largement usité alors de « marchands du Huizhou ». 
 
Selon des documents historiques, 70% des habitants du Huizhou d’alors exerçaient une activité commerciale en dehors de la préfecture. On les retrouvait partout en Chine, mais aussi au Japon, au Siam, ainsi que dans d’autres pays d’Asie du sud-est et même jusqu’au Portugal ! Leurs champs d’activités étaient très étendus et diversifiés : commerce du sel, du thé, du bois, prise d’hypothèque ou médecine… Dès que les marchands du Huizhou arrivaient dans un endroit, les boutiques se multipliaient et les villages se transformaient en bourgs. Sous la dynastie Ming, les marchands du Huizhou et ceux du Shanxi étaient les plus connus du genre mais vers la fin de cette dynastie et le début de celle des Qing, les marchands de Huizhou étaient les seuls à prospérer en Chine. 
 
Bien que ces deux castes soient venues chacunes de pays montagneux et qu’elles soient composées l’une comme l’autre de gens durs à la tâche, les marchands du Shanxi ont quand même laissé la place à ceux du Huizhou. Pour quelles raisons ? Certains historiens attribuent ce succès à des « ressources humaines exceptionnelles ». 
 
En effet, dû à des migrations successives, les habitants du Huizhou attachent une grande importance à l’éducation. Selon M. Luan Chengxian, chercheur à l’Académie des Sciences Sociales de Chine, trois grandes migrations vers le Huizhou ont eu lieu dans l’histoire chinoise. La première fois à l’occasion du coup d’état de l’année 311 sous la dynastie Jin (晋jìn, 265–420), la deuxième fois vers la fin de la dynastie Tang, et la troisième fois lorsque les armées de la dynastie Jin (金 jīn, 1115-1234) ont mis fin au règne des Song. Chaque fois de grandes familles se sont enfuies au Huizhou y amenant leur bagage culturel et moral. Le système philosophique confucéen complet établi par des penseurs chinois comme Cheng Hao, Cheng Yi, Zhu Xi, a influencé de façon profonde les habitants du Huizhou marquant leur style de vie. Vers le milieu de la dynastie Ming sont apparues les idées capitalistes en Chine, d’où la proposition que « l’industrie et le commerce sont tous les deux le fondement de la société ». Les marchands sont sûrement les pionniers de cette pensée. Selon des documents locaux, la richesse produite par les marchands dépassait nettement celle produite par les agriculteurs. Ces commerçants qui exerçaient leur métier dans tout le pays étaient intelligents et amateurs de confucianisme, on les surnommait « les marchands confucéens.»
 
« Porte-toi bien, le riche du Huizhou »!
 
Hu Shi, grand intellectuel originaire de Ji Xi dans la province de l’Anhui, disait en parlant de son pays natal : « Les marchands du Huizhou portaient souvent un sac de nourriture et de cordes. Ces dernières permettaient de résoudre des problèmes sans l’aide des autres. » Quand le bagage, le bâton de palanquin ou la palanche étaient brisés, on pouvait toujours se servir des cordes. Au pire, on pouvait les utiliser pour se pendre ! 
 
Les marchands du Huizhou commençaient toujours par un tout petit commerce et ils travaillaient très sérieusement. Selon les coutumes locales, les garçons devaient quitter la maison pour exercer le commerce au plus tard à 16 ans. Ainsi les habitants du Huizhou se mariaient très tôt… mais après le mariage, le couple devait rester séparé quelques années voire une dizaine d’années avant de se retrouver. 
 
Le Huizhou étant entouré de montagnes, il était difficile d’en sortir. Seul le fleuve Xin’an se jetait dans le fleuve Qiantang. Aujourd’hui, on voit toujours les ports de l’époque au bord du fleuve Xin’an : c’est le lieu de départ et de retour pour les marchands. C’est également grâce à cette voie d’eau dorée qu’ils transportaient le bois et le thé jusqu’au Qiantang puis au Yangtze, vers le reste du pays. 
 
De par ses montagnes avoisinantes le Huizhou, était aussi très riche en bois. Chaque hiver, les marchands faisaient abattre des arbres et les transportaient par voie d’eau pour les revendre dans tout le pays. Avec l’expansion de la demande, la production de bois au Huizhou n’a plus été suffisante et les marchands déjà présents sur le marché ont élargi leur offre en engageant des ouvriers dans le Jiangxi, le Sichuan, le Hunan et le Guangdong. De cette manière , ils ont pu rapidement augmenter leur marge et ce mode de travail est devenu une empreinte des marchands du Huizhou. 
 
Le Huizhou est également une région productrice de thé. Le thé noir de Qimen et le thé vert du Huangshan sont renommés. Sous les dynasties Ming et Qing, le thé devint un pilier de l’économie locale. Un grand nombre de marchands spécialisés sont apparus, qui ont tenu des maisons et des boutiques de thé pendant des générations. Sous le règne de l’empereur Qianlong des Qing, les marchands possédaient 7 grandes maisons de thé, 166 boutiques moyennes et des milliers de petite taille. 
 
Par ailleurs, la pratique de l’hypothèque était monnaie courante chez les marchands du Huizhou. Dans le sud de la Chine antique, c’était même un de leur monopole. Avec l’apparition du capitalisme vers le milieu de la dynastie Ming, le gouvernement commença à prélever les taxes sur le peuple sous forme d’argent et non plus de céréales. Dans un tel contexte, l’essor de l’hypothèque était inévitable. À cette époque, sur 500 boutiques de prêt sur gage, la majorité était possédée par des marchands du Huizhou. Leurs boutiques prospéraient en ville comme à la campagne. À Nankin comme à Pékin, on en voyait partout, même le dialecte du Huizhou était devenu le jargon du métier. Les prêteurs sur gage étaient appelés « monsieur le riche ». Du fait de la notoriété du métier chez les commerçants du Huizhou, « le riche du Huizhou » désignait la profession même de prêteur sur gage. Petit à petit, on prit l’habitude de parler des marchands ou même des notables comme « des riches du Huizhou ». Quand les habitants de Huizhou voyageaient, leurs proches les accompagnaient jusqu’au port et leur disaient « porte-toi bien, le riche du Huizhou !». 
 
Les « marchands au chapeau rouge »
 
Le terme de « marchand au chapeau rouge » désignait les marchands fonctionnaires. Le plus grand de ce genre est Hu Xueyan qui vivait sous la dynastie Qing. Issu d’une famille modeste, il a créé la pharmacie nationale de Hu Qingyu à Hangzhou. Pendant toute sa vie, il a exerçé ce commerce avec sincérité et crédibilité, c’est ainsi qu’il fut nommé fonctionnaire de niveau 2 ( il y a neuf niveaux, le plus élevé était le niveau 1) et s’était vu remettre un manteau jaune, cadeau d’honneur de l’empereur. 
 
Pendant les années Wanli de la dynastie Ming, lorsque le Japon a envahi la Corée, le gouvernement s’apprêtait à aller au secours de la Corée. Un certain Wu Yangchun, marchand du Huizhou et propriétaire de 2400 mu de forêt fit une donation de 300 000 liang en lingots d’argent pour le plus grand plaisir de l’empereur. Malheureusement, cette charité lui attira de grands ennuis. L’eunuque Wei Zhongxian qui détenait le pouvoir détourna cette somme d’argent en inventant des accusations contre la famille Wu. Il s’agit d’une grande erreur judiciaire appelée « le verdict du Mont Jaune». À travers cette injustice, les marchands du Huizhou comprirent que c’était seulement avec la protection des autorités féodales qu’ils pouvaient prospérer. Et, de fait, leur dépendance des autorités politiques leur permirent de prospérer quelques temps, mais cela ne leur évita pas un destin tragique. 
 
Le commerce du sel était à l’époque le mieux développé et le plus rentable de tous les métiers. Au début de la dynastie Ming, il fallait une licence délivrée par le gouvernement pour vendre du sel. Les marchands du Huizhou avaient profité de la production abondante de sel dans leur région pour mieux maîtriser le marché. Vers 1617, le gouvernement chinois lança une réforme de la loi régissant le commerce du sel : aucune nouvelle licence ne serait délivrée, les marchands possédant déjà des licences furent enregistrés et autorisés à vendre du sel et leurs licences déclarées héréditaires. 
 
Sous les dynasties Ming et Qing, les réformes concernant le sel évoluèrent chaque fois aux bénéfices des marchands. Afin de tirer plus de profits, les marchands collaborèrent avec les autorités locales allant jusqu’à flatter l’empereur. Ainsi, sous le règne de l’empereur Qianlong, Jiang Chun, l’agent commercial général du sel dans la région du fleuve Huaihe, fit-il cadeau de son jardin établi au lac «le Xihu maigre » à l’empereur et, durant les 6 visites de ce dernier dans le sud, Jiang Chun fit tout pour lui plaire. 
 
Néanmoins, tout ce qui atteint son apogée décline. Les liens excessivement étroits entre les marchands et le gouvernement féodal firent que l’un devait entraîner l’autre dans sa chute. Vers le milieu de la dynastie Qing, le gouvernement était fortement corrompu, puis la Guerre des Boxers et les Guerres de l’opium l’a encore plus affaibli. Des taxations seront alors imposées aux marchands de sel. Toutes sortes de taxes les appauvriront. La législation du sel évoluera encore au début du règne de l’empereur Daoguang, qui ne fit que renforcer l’impôt. Ce fut un coup fatal. La ville de Yangzhou rendue prospère par les marchands du Huizhou déclina. 
 
La culture du Huizhou
 
Malgré les voyages, les marchands du Huizhou n’oublieront jamais leur terre natale. Ils rapportèrent des richesses chez eux pour établir des temples ancestraux, des écoles et inviter de grands maîtres à venir y enseigner. Leurs traditions et un bon environnement d’éducation ouvriront des horizons à leurs enfants leur permettant de devenir de grands talents. Preuve en est le nombre étonnant de réussites des étudiants du Huizhou à l’examen provincial. 
 
L’essor culturel ne sera pas en reste. Vers la fin de la dynastie Ming, un grand nombre de peintres firent leur apparition. Leurs paysages peints de façon agréable et spontanée leur valu le nom d’ « école de peinture de Xin’an ». En outre, l’architecture, le théâtre, la calligraphie et la sculpture furent également très développés à cette époque dans toute la Chine. Tout ceci contribuera à la culture du Huizhou. 
 
Aujourd’hui, les richesses matérielles créées et accumulées par les marchands du Huizhou ont disparues depuis longtemps, mais leur héritage culturel persiste. 
分享到:

Autres articles

Nous-connaitre
L'ICUP a été le premier Institut Confucius installé en France et le deuxième établi en Europe.
  • Copyright © 2014 L'Institut Confucius de l'Université de Poitiers ICP 08002516 Web Video Permission 0109385